Découvrir la cuisine africaine : 5 plats à essayer (et les ingrédients de base)
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Plat communautaire de thiéboudienne partagé, Sénégal

L’arachide du mafé vient du Brésil, le manioc du pondu d’Amazonie, le riz brisé du thiéboudienne d’Indochine. La cuisine « africaine » la plus authentique est, en réalité, une magnifique histoire de voyages et de métissages. En 2021, l’UNESCO a même hissé un plat de riz et de poisson au rang de patrimoine de l’humanité. Embarquez : voici cinq plats pour commencer, et le garde-manger qui va avec.

« La cuisine africaine » n’existe pas (et c’est une bonne nouvelle)

Parler de « la cuisine africaine », c’est comme parler de « la cuisine européenne » en mettant la paella, le hareng et le risotto dans la même assiette. 54 pays, des centaines de peuples, et des bases féculentes radicalement différentes : le riz au Sénégal, le manioc et le plantain en Afrique centrale, le teff en Éthiopie, le fonio et le mil au Sahel. On devrait toujours parler des cuisines africaines, au pluriel.

Autre cliché à ranger : non, tout n’est pas « brûlant de piment ». L’intensité varie énormément d’une région à l’autre, et beaucoup de plats emblématiques — mafé, pondu, alloco — ne sont pas pimentés par nature. Plutôt que d’essayer de tout embrasser, le mieux est de commencer par quelques plats repères, puis d’élargir le cercle au fil des envies. Cap sur cinq portes d’entrée, choisies pour leur diversité géographique et leur accessibilité.

Cinq plats pour commencer le voyage

1. Thiéboudienne (ceebu jën) — Sénégal

Le plat national sénégalais, né dans les communautés de pêcheurs de l’île de Saint-Louis. Son nom wolof dit tout : ceeb (riz) + jën (poisson). Du riz brisé mijoté dans une sauce tomate riche, avec poisson frais et poisson séché, et une ronde de légumes (carotte, chou, aubergine, manioc, gombo). Le résultat est profond, umami, réconfortant.

Assiette de thiéboudienne, riz au poisson et légumes du Sénégal
Thiéboudienne (ceebu jën), inscrit au patrimoine de l’UNESCO en 2021. Photo : Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

En 2021, l’UNESCO a inscrit « le ceebu jën, art culinaire du Sénégal » sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. La recette se transmet de mère en fille, avec ses codes de table (tenir le bol de la main gauche, ne pas laisser tomber un grain de riz). Difficulté : moyenne à élevée. Pour la maison : un bon poisson et des crevettes séchées pour l’umami.

2. Pondu / saka-saka — RD Congo & Congo-Brazzaville

Un ragoût de feuilles de manioc pilées, longuement mijotées à l’huile de palme rouge, souvent rehaussé de poisson fumé ou de viande. « Pondu » vient du lingala ; « saka-saka » est l’autre nom courant. Texture dense d’épinards très cuits, goût végétal et fumé, et une belle richesse en fer.

Plat de pondu, feuilles de manioc pilées et mijotées
Pondu / saka-saka : la cuisine « par les feuilles » d’Afrique centrale. Photo : Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

C’est un plat de partage et d’hospitalité, préparé en famille. Difficulté : facile à moyenne (la cuisson est longue, mais les feuilles de manioc arrivent déjà pilées). Sa version à la viande, plus proche du moambé, se prépare avec de la noix de palme.

3. Mafé (tiga dèguè na) — Mali & Afrique de l’Ouest

Une viande (ou un poisson) qui mijote dans une onctueuse sauce à la pâte d’arachide, servie avec du riz. Né chez les peuples mandingue et bambara du Mali, le mafé s’est diffusé dans toute l’Afrique de l’Ouest et centrale. Goût rond, légèrement sucré-salé, profondément réconfortant.

Mafé, viande mijotée dans une sauce à la pâte d'arachide
Le mafé, mijoté à la pâte d’arachide. Photo : Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Détail savoureux : avant l’arrivée de l’arachide américaine, on préparait le mafé avec le pois bambara (voandzou), une légumineuse locale — d’où son nom malien. C’est un cas d’école de cuisine qui s’adapte à un ingrédient venu du Nouveau Monde. Difficulté : facile (un mijoté tolérant). Il vous faut surtout une bonne pâte d’arachide.

4. Alloco (aloko) — Côte d’Ivoire

Des bananes plantain bien mûres frites, dorées et caramélisées dehors, fondantes dedans. Salées, parfois pimentées, servies avec une sauce tomate-oignon, un poisson frit ou un œuf dur. L’étymologie vient des langues baoulé et agni du centre et de l’est ivoiriens.

Alloco, bananes plantain mûres frites de Côte d'Ivoire
L’alloco, street food ivoirien par excellence. Photo : Wikimedia Commons (CC BY 2.0)

C’est la street food par excellence — un quartier d’Abidjan, à Cocody, est même surnommé l’« Allocodrome ». Et le même plat voyage sous mille noms : dodo au Bénin et au Nigeria, misolè au Cameroun, makemba au Congo. Une seule banane, dix identités. Difficulté : très facile — la porte d’entrée idéale pour les curieux.

5. Injera & doro wat — Éthiopie

Changement total de décor avec la Corne de l’Afrique. L’injera est une grande galette plate, souple et acidulée, faite de farine de teff fermentée. Sa particularité : elle sert à la fois d’assiette et de couvert. On dépose dessus les wat (ragoûts épicés, comme le doro wat au poulet et au berbéré), puis on déchire la galette pour pincer les bouchées, sans couverts.

Injera, galette de teff fermenté, servie avec plusieurs ragoûts éthiopiens
L’injera EST l’assiette : galette de teff fermenté et ses ragoûts. Photo : Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Le teff est l’une des plus petites céréales du monde, naturellement sans gluten et endémique d’Éthiopie. Difficulté : élevée (la pâte fermente un à trois jours). À défaut, c’est le plat parfait à découvrir au restaurant avant de se lancer.

Mention spéciale : l’egusi

Impossible de parler de cuisines ouest-africaines sans citer la fameuse « soupe » egusi du Nigeria — en réalité un ragoût épais de graines de courge torréfiées et moulues, lié à l’huile de palme rouge, avec des légumes verts, de la viande ou du poisson. D’origine yoruba, elle se savoure traditionnellement avec une pâte d’igname pilée. Riche, nourrissante et protéinée, c’est un excellent sixième plat pour prolonger le voyage.

La guerre du jollof n’aura pas lieu

Impossible de parler de cuisines ouest-africaines sans évoquer les fameuses « Jollof Wars ». Le riz jollof — riz à la tomate emblématique — tient son nom de l’Empire wolof (Jolof), qui régnait dès le XIIe siècle sur des territoires de l’actuel Sénégal. Depuis les années 2010, Nigérians et Ghanéens s’affrontent (amicalement) pour savoir qui en fait la meilleure version : un véritable « gastronationalisme » de réseaux sociaux.

Or, selon les historiens de l’alimentation, l’ancêtre du jollof serait précisément le thiéboudienne sénégalais, né dans cette zone rizicole. Beaucoup ont vu dans l’inscription du ceebu jën à l’UNESCO en 2021 une consécration de cette antériorité — même si, pour être exact, l’UNESCO a distingué un art culinaire sénégalais sans prétendre arbitrer un concours entre pays.

Championne du métissage : une cuisine née des voyages

Le plus fascinant, dans ces cuisines, c’est qu’elles racontent l’histoire du monde. L’arachide du mafé et le manioc du pondu viennent d’Amérique du Sud, apportés par les Portugais entre le XVIe et le XVIIe siècle. Le riz brisé du thiéboudienne doit sa place à l’importation coloniale de riz d’Indochine. Les cuisines africaines n’ont jamais cessé d’absorber, d’adapter et de réinventer.

Mais réduire l’Afrique à une terre d’importation serait une erreur. Le continent a domestiqué son propre rizOryza glaberrima — dans le delta intérieur du Niger, il y a deux à trois mille ans, indépendamment du riz asiatique. Et lorsque des Africains réduits en esclavage ont traversé l’Atlantique, ils ont emporté un savoir-faire rizicole (contrôle de l’eau, vannage) qui a fait du riz un aliment de base des Amériques. C’est d’ailleurs sur les plantations du Nouveau Monde que des peuples très divers — Wolof, Yoruba, Mandingue, Kongo, Igbo… — ont mis en commun plantes et techniques, donnant naissance à l’idée même d’une cuisine « africaine » partagée.

Par où commencer quand on débute ?

Inutile de viser l’injera dès le premier essai. Voici un parcours progressif, du plus simple au plus exigeant :

  1. L’alloco — quelques minutes, une poêle, des bananes plantain bien mûres : le plus accessible.
  2. Le mafé — un mijoté tolérant, qui pardonne les approximations.
  3. Le pondu — facile, mais long ; parfait pour un dimanche.
  4. Le thiéboudienne — la sauce et le riz demandent un peu de maîtrise.
  5. L’injera — la fermentation du teff sur plusieurs jours, pour les plus motivés.

Le garde-manger africain : ce qu’il faut dans vos placards

Une poignée d’ingrédients de base permet de se lancer dans la plupart de ces recettes. Voici l’essentiel à connaître :

  • Manioc & farine de manioc — le féculent-pilier, transformé en foufou, semoule (attiéké) ou granulés (gari).
  • Plantain — la banane à cuire, frite (alloco), bouillie ou pilée.
  • Huile de palme rouge — couleur orangée et goût caractéristique, base de l’Afrique centrale et de l’Ouest.
  • Pâte d’arachide — le liant onctueux du mafé.
  • Graines d’egusi — graines de courge torréfiées et moulues, épaississant protéiné des soupes nigérianes.
  • Feuilles de manioc (pondu) — riches en fer, base du saka-saka.
  • Gombo (okra) — légume qui lie les sauces.
  • Poisson fumé & crevettes séchées — l’umami puissant des cuisines ouest-africaines.
  • Riz brisé — plus prisé que le riz entier au Sénégal, base du ceebu jën.
  • Fufu / foufou — la pâte élastique qu’on trempe dans les sauces.
Le saviez-vous ?

Trois piliers du garde-manger africain — l’arachide, le manioc et le plantain — sont en réalité arrivés d’Amérique via les Portugais. Mais l’Afrique n’a pas fait qu’importer : elle a domestiqué son propre riz (Oryza glaberrima), dans le delta intérieur du Niger, indépendamment du riz asiatique — et sa propre céréale miracle, le fonio, qui pousse sur du sable et mûrit en deux mois. Que les Dogon appellent, joliment, « la graine de l’univers ».

Questions fréquentes

La cuisine africaine est-elle forcément pimentée ?

Non. L’intensité du piment varie énormément d’une région et d’un foyer à l’autre, et il est souvent servi à part. Beaucoup de plats emblématiques — mafé, pondu, alloco — ne sont pas piquants par nature.

Quel plat africain choisir pour un premier essai ?

L’alloco (bananes plantain frites) et le mafé (sauce arachide) sont les plus simples et les plus consensuels pour débuter.

Qu’est-ce que le fufu ?

Une pâte souple et élastique, à base de manioc, d’igname ou de plantain, façonnée en petites boules pour saucer les ragoûts. On l’avale sans mâcher, trempée dans la sauce.

Peut-on cuisiner ces plats en version végétarienne ?

Oui, en grande partie. Le mafé se décline très bien aux légumes, le pondu et l’egusi se préparent sans viande, et l’alloco est naturellement végétarien. Pour retrouver l’umami du poisson fumé, misez sur des champignons, du paprika fumé ou un bouillon de légumes bien corsé.

Où trouver les ingrédients de la cuisine africaine ?

Dans une épicerie spécialisée comme NLS : pâte d’arachide, feuilles de manioc, egusi, huile de palme rouge, poisson fumé, crevettes séchées… tout le garde-manger réuni au même endroit.

Envie de passer en cuisine ? Tous les ingrédients de ces cinq plats vous attendent à l’épicerie NLS — du pondu à la pâte d’arachide.

Explorer l’épicerie

Sources principales : UNESCO (ceebu jën, dossier 01748, 2021), The Conversation et Africanews (jollof), Wikipédia et CIRAD (alloco, mafé, attiéké), PLOS Genetics et AfricaRice (riz africain). Une invitation au voyage, pas un guide exhaustif : chaque plat connaît mille variantes familiales.

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